Gagner la Guerre, Jean-Philippe Jaworski

Gagner la Guerre, Jean-Philippe Jaworski dans Des Etoiles plein les yeuxEn grand ! La couv de Gagner la Guerre, de Jean-Philippe JAWORSKI. Gagner la guerre est un de ces livres dont on repousse autant que possible le moment de tourner la dernière page, tiraillé entre la tristesse d’arriver au terme de l’aventure et l’impatience rageuse d’en connaître le dénouement. Cette fois c’est fait, j’ai tourné hier soir la dernière page, et je quitte Benvenuto Gesufal, en bien fâcheuse posture, comme il se doit.

On entre dans l’histoire après la bataille qui a donné la victoire à la république de Ciudalia dans la guerre menée contre le royaume de Ressine. La guerre est donc déjà gagnée ??? Oui. Et non. Cette victoire n’est en fait que le point de départ donné à tous les protagonistes dans la lutte pour le pouvoir. Intrigues,  dans Des Etoiles plein les yeuxvendetta, petits arrangements douteux, les grandes familles de Ciudalia se déchirent dans le cadre renaissance d’une ville grandiose aux parfums d’Italie. Et Benvenuto Gesufal, narrateur plein de bagout de cette histoire, est l’arme fatale, l’instrument dont usent et abusent les grands de ce monde, les gens « comme il faut ». Benvenuto, lui, il fait le sale boulot. Il en est conscient, il a oublié d’être bête le bonhomme. C’est une brute, avec un je ne sais quoi d’artiste, mais je n’en dis pas plus…

A cette fresque très « humaine » et plutôt intemporelle se mêle les magies, elfes et autres nains ferronniers, mais toujours en touches très subtiles, comme l’artiste (il est pas mal question de peinture dans l’histoire aussi, mais je me tais…) ajouterait quelques touches de lumière à un tableau délibérément sombre. Jaworski, l’artiste, sait doser à la perfection les ingrédients de l’imaginaire. Mais attention, âmes sensibles s’abstenir ! Cette histoire n’a rien de la belle fresque de fantasy où le bon affronte le méchant, où la « bonne » magie combat la « mauvaise » magie. C’est loin d’être aussi simple, et c’est tant mieux. Prenez notre héros, Benvenuto Gesufal (j’arrête pas de prononcer ce nom à voix haute..) Quel héros ! Même moi, qui suit plutôt difficile à émouvoir, j’ai eu quelques mouvements de recul prudents en découvrant de quoi était capable notre Benvenuto… Sachez-le, ce héros-là boit comme un trou, jure comme un charretier, égorge et viole aussi facilement qu’il respire. Ouais, un dur, un vrai. Pas un qui s’attendrit quand vient le moment de porter le coup fatal, non non non… Benvenuto ne se laisse JAMAIS attendrir. Il peut être déstabilisé, tout au plus, mais n’allez pas imaginer qu’il pourrait avoir des sentiments, il vous ferait votre fête… C’est pas une gonzesse Gesufal. Il parle mal aux dames (il les taloche tout aussi facilement que les bonshommes), et son discours a de forts accents xenophobes. Mais alors, cet auteur est-il xénophobe, misogyne, psychologiquement très perturbé ??? Heuuuu.. je ne pense pas. Je vous garantis en revanche que c’est un virtuose qui va vous embarquer dans un récit que vous ne lâcherez pas. Gagner la guerre est une histoire remarquablement rythmée dans laquelle se heurtent (toujours violemment) des personnages profonds, très travaillés, merveilleusement crédibles. Ajoutez à cela la maîtrise parfaite d’une langue truculente qui vous donne envie de lire à voix haute des passages entiers, comme les noms de ces personnages, vous remplissant la bouche de mots improbables, jamais croisés auparavant (bon d’accord je parle pour moi), et vous avez entre les mains une tuerie de bouquin. Une seule chose à faire après l’avoir refermé, courir acheter Janua Vera, le premier livre de JP Jaworski, Prix du Cafard Cosmique 2008, siouplait.



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